Jeudi 4 octobre 2018

Il y a un livre que j'ai retrouvé dans ma bibliothèque qui parle vraiment de ce qu'est la nature sauvage, c'est celui de François Terrasson, maître de conférences au Museum Nationale d'Histoire Naturelle.

C'est un homme de terrain, il a travaillé en milieu agricole sur les questions de remembrement et d'aménagement. Il a participé à des travaux de planification de l'environnement au Brésil, Canada, Sénégal et Madagascar. Il a effectué de nombreux voyages auprès des populations qui font encore partie de la nature (Inuits, Amérindiens). Il anime des conférences et des sessions sur les rapports de l'homme avec la nature.

Voici un extrait qui résonne particulièrement en moi et que je vous partage ici :

"Toute bête, toute plante à consistance organique sera vite repérée. Plutôt que la laisser pour ce qu'elle est, plutôt que d'y ressentir une certaine sensualité, il faut l'empêcher d'ouvrir en nous le placard cadenassé où est enfouie la honte d'être un animal fait d'organes, avec ses sueurs et ses émanations.

"Il arrive alors qu'on sélectionne les aspects de la Nature. Voilà pourquoi les grands chênes ne nous font pas trop peur s'ils sont isolés. S'ils n'ont pas de chenilles velues sur leurs branches. Les brochets et les chevesnes sont un peu gluants. Mais ça va encore. Cependant, attention aux tanches dont la peau colle, aux anguilles noires et glissantes...

"La viscosité doit être mise au pas !. C'est le credo inconscient de tous les aménagements, du champ de maïs aux HLM. Le contact redoutable ne doit plus pouvoir avoir lieu. Oublions nos origines et notre structure même. Un jour, comme le dirait un romancier déjà cité (J-P Andrevon), l'avenir aura l'éclat du métal. D'ailleurs pourquoi parler d'avenir ? Sortez dans la rue vous autres qui savez que vous avez des tripes et qui ressentez l'antiorganique comme une agression personnelle. Sortez dans la rue et regardez ! C'est déjà fait ! C'est l'époque des angles durs, des matériaux froids, des lignes sans pitié. Grenouilles, orvets, naturalistes et autres tritons, vite au musée, que s'épanouisse une civilisation qui nie jusqu'à la réalité même du derrière sur lequel elle est assise."

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