Vendredi 21 septembre 2018

Le mois de septembre est souvent un mois plus émouvant, peut-être parce que l'on entame le début de l'automne et que les beaux jours vont aller en rapetissant mais aussi parce qu'il y a eu des évènements graves qui se sont déroulés en septembre notamment au Chili, aux Etats-Unis et dans d'autres parties du monde qui ont ébranlé notre compréhension du monde dans lequel nous vivons.

C'est aussi en septembre que j'ai fait la découverte de José Saramago, écrivain portugais, prix Nobel de littérature et dont j'avais vu l'adaptation de son livre "l'aveuglement" réalisé par Fernando Meireilles sous le titre de "Blindness" et qui, à l'époque, m'avait laissé mal à l'aise.

A la suite de la lecture du "Cahier" de José Saramago, une sorte de compilation de ses chroniques sur son blog, j'ai réalisé page 97 qu'il était l'auteur de ce livre dont Fernando Meireilles s'est inspiré pour réaliser "Blindness".

Voici ce qu'écrit Saramago à propos de ce film :

"L'histoire de l'adaptation de l'Aveuglement au cinéma est passée par des hauts et des bas depuis que Fernando Meireilles, en 1997 je crois, a demandé à Luiz Schwarcz, mon éditeur brésilien, si je serais intéressé par la cession de mes droits.

Il a reçu comme réponse un refus péremptoire: non. Entre-temps, au bureau de mon agent littéraire à Bad Homburg, Francfort, ont commencé à pleuvoir, et ont plu pendant des années, des lettres, des courriers électroniques, des appels téléphoniques, des messages de toutes sortes de producteurs d'autres pays, en particulier des Etats-Unis avec la même question. Je leur ai fait parvenir à tous la réponse que l'on sait : non.

Arrogance de ma part ? Ce n'était pas une question d'arrogance, simplement je n'avais pas la certitude, ni même l'espoir que le livre serait traité avec respect dans ces parages-là.

Et les années ont passé. Un jour, accompagnés de mon agent, sont venus me voir à Lanzarote, directement de Toronto, deux Canadiens qui souhaitaient faire le film, Niv Fichman, le producteur, et Don McKellar, le scripte. C'était des gens jeunes, aucun des deux ne me rappelait Cecil B. DeMille, et, après une franche conversation, sans faux-fuyants ni faux semblants, je leur ai confié le travail.

Restait à savoir qui en serait le metteur en scène. Des années ont encore dû passer jusqu'au jour où on m'a demandé ce que je pensais de Fernando Meireilles. Ayant complètement oublié ce qui s'était passé en cette lointaine année 1997, j'ai répondu que j'en pensais du bien. J'avais vu et aimé "la Cité de Dieu" et "la Constance du jardinier", mais je n'associais toujours pas le nom de ce metteur en scène à la personne de l'autre...

Finalement le résultat de tout cela est ici. Il porte le titre Blindness, titre qui, on l'espère, facilitera la relation avec le livre sur le circuit international. Je n'ai vu aucune raison de discuter ce choix. Aujourd'hui, à Lisbonne, a eu lieu la présentation de cet Aveuglement en sons et images. Le public de la Fnac était plein de journalistes qui, je l'espère, passeront bien le message. Demain, ce sera l'avant-première.

Nous avons parlé de ces épisodes déjà historiques et, à un moment donné, Pilar, la plus pratique et la plus objective de toutes les subjectivités que je connaisse, a lancé une idée :"De mon point de vue, le livre a anticipé les effets de la crise que nous sommes en train de subir. Désespérés, les gens qui courent d'une banque à l'autre, à Wall Street, avant que l'argent ne disparaisse, ne sont autres que ceux qui vont et viennent, aveugles, sans but, dans le roman et maintenant dans le film. La différence, c'est qu'il n'y a pas de femme du mèdecin pour les guider, les protéger."

En y regardant de plus près, l'Andalouse est bien capable d'avoir raison."

https://youtu.be/yByh8U-58Vg